Avec le règlement F-Gas 3 de 2024, les HFC à fort GWP disparaissent pour de bon. Les fluides qui les remplacent sont presque tous inflammables (A2L ou A3), sauf le CO2. Contrôles d’étanchéité, charges maximales, zones ATEX : le point sur les règles qui encadrent aujourd’hui une intervention.
1. Les classes de sécurité : lire A2L comme il faut
Chaque fluide reçoit une lettre pour la toxicité (A faible, B forte) et un chiffre pour l’inflammabilité. (vidéo A2L/A3, 2:11)
| Classe | Signification | Exemples |
|---|---|---|
| A1 | Faiblement toxique, non inflammable | CO2 (R744), HFC classiques |
| A2L | Faiblement toxique, légèrement inflammable | R32, R1234yf, R1234ze, R454C, R455A |
| A3 | Faiblement toxique, fortement inflammable | Propane (R290), isobutane (R600a) |
| B2L | Toxique, légèrement inflammable | Ammoniac (R717) |
Un fluide est classé 2L si sa limite inférieure d’explosivité dépasse 3,5 %, si sa chaleur de combustion reste sous 19 MJ/kg et si sa vitesse de combustion ne dépasse pas 10 cm/s. Au-delà de 10 cm/s, il passe en classe 2. Sous 3,5 % de LIE ou au-dessus de 19 MJ/kg, il est en classe 3. (3:15)
À retenir. Sous 150 de GWP, presque tous les fluides disponibles sont A2L ou A3. Le CO2 est quasiment le seul A1 qui reste.
2. Pourquoi ça presse : GWP, TEWI et phase-down
Le GWP exprime l’effet de serre d’un kilo de fluide en kilos de CO2. Un kilo de R404A relâché, c’est environ 4 tonnes équivalent CO2 : autant qu’une voiture à 100 g/km sur 40 000 km. (vidéo F-Gas, 4:26)
Le TEWI additionne l’effet direct (fuites, démantèlement) et l’effet indirect (électricité consommée) d’une installation sur toute sa durée de vie :
TEWI = GWP × L × n + GWP × m × (1 − α récup) + n × E annuelle × β
L : fuites annuelles (kg), n : durée de vie (ans), m : charge (kg), α : taux de récupération en fin de vie, E : consommation annuelle (kWh), β : émissions de CO2 par kWh électrique.
Le phase-down réduit chaque année les quantités de HFC mises sur le marché, par rapport à la référence 2015. F-Gas 2 (2014) visait 21 % en 2030. F-Gas 3 (2024) durcit la trajectoire et descend à 0 en 2050. Les HFO ne sont pas concernés par le phase-down. (24:37)
Côté interdictions, les centrales frigorifiques centralisées à partir de 40 kW ne peuvent plus recevoir de fluide de GWP ≥ 150 depuis le 1er janvier 2022 (sauf circuit primaire de cascade). (24:00)
3. Contrôles d’étanchéité et obligations
Pour les HFC, la fréquence dépend de la charge en tonnes équivalent CO2 (masse × GWP). (14:29)
| Charge (t éq. CO2) | Sans détecteur fixe | Avec détecteur fixe |
|---|---|---|
| 5 à 50 | 12 mois | 24 mois |
| 50 à 500 | 6 mois | 12 mois |
| 500 et plus | détecteur obligatoire | 6 mois |
Les équipements hermétiquement scellés sont dispensés jusqu’à 10 t éq. CO2, soit un peu plus de 2 kg de R404A. F-Gas 3 étend les contrôles aux HFO, dont la charge s’exprime en kilos. (21:42)
Ce qu’il faut savoir sur le terrain :
- Détecteurs : sensibilité de 5 g/an pour un détecteur portable, 10 ppm pour un détecteur fixe. Un détecteur fixe se place à 20 cm du sol pour les fluides plus lourds que l’air (HFC, HFO, CO2), en hauteur pour l’ammoniac.
- Étiquette : elle indique le mois et l’année de la prochaine intervention, avec le numéro d’attestation de capacité.
- Fuite détectée : réparation « dans les meilleurs délais » avec F-Gas 3 (au lieu de 4 jours ouvrés). Nouveau contrôle après au moins 24 h de fonctionnement, et au plus tard un mois après la réparation.
- Registre de l’équipement : conservé 5 ans.
- Déclaration en préfecture : toute fuite de plus de 20 kg en une fois, ou de plus de 100 kg cumulés sur l’année.
- Sanctions : contraventions de classe 3 (fiche d’intervention absente, achat de fluide sans attestation…) et de classe 5 (dégazage volontaire, recharge d’une installation qui fuit sans réparation…), multipliées par 5 pour une personne morale.
L’attestation d’aptitude du technicien existe en 4 catégories : 1 pour toute intervention quelle que soit la charge, 2 pour les installations de moins de 2 kg, 3 pour la récupération sur moins de 2 kg, 4 pour le seul contrôle d’étanchéité sans intervention sur le circuit. (13:22)
4. Fluides inflammables : l’analyse de risque devient systématique
Avec un A2L ou un A3, la directive ATEX impose deux types de mesures. (vidéo A2L/A3, 4:54)
- Mesures techniques : éviter la formation d’une atmosphère explosive, sinon supprimer les sources d’inflammation, sinon limiter les effets (extinction, découplage, compartimentage coupe-feu).
- Mesures organisationnelles : formation et signalisation, pour réduire la probabilité de l’accident.
L’analyse se fait sur une matrice probabilité × gravité : on agit sur l’une ou l’autre pour revenir dans la zone acceptable. Une installation frigorifique relève en général de la zone ATEX 2 : présence de gaz seulement en cas de dysfonctionnement.
Autour des tuyauteries, un rayon d’exclusion de 1 à 10 m s’applique selon le diamètre, la puissance, l’emplacement (intérieur ou extérieur) et la classe du fluide. Pour un chiller au R290 installé dehors, il va de 2 à 10 m selon la puissance. (9:25)
5. Charge maximale selon l’EN 378
L’EN 378 fixe la charge maximale à partir de trois données : la catégorie d’accès du local (a : général, b : surveillé, c : réservé), l’emplacement du système, et la toxicité et l’inflammabilité du fluide. On retient le cas le plus défavorable. (9:57)
Deux exemples calculés avec l’application Climalife dans la vidéo :
| Cas | Résultat |
|---|---|
| Chiller R290 en extérieur, accès réservé | Pas de limite de charge, avec un rayon d’exclusion adapté |
| Vitrine R290 hermétique dans un magasin (ERP, accès général, 25 m × 5 m de haut) | Environ 150 g maximum |
Erreurs fréquentes. Appliquer à un fluide A2L les habitudes d’un A1. Un R32 ou un R454C impose une analyse de risque, un contrôle de la charge maximale et des outils adaptés, même si le fluide « brûle mal ».
6. Et la DESP ?
La directive des équipements sous pression concerne les récipients, tuyauteries et accessoires dont la pression maximale admissible dépasse 0,5 bar. La catégorie (article 4.3, puis I à IV) dépend du groupe de fluide et du produit pression × volume (ou pression × diamètre pour une tuyauterie). (vidéo DESP)
- Groupe 1 (dangereux) : ammoniac, propane, R32, R1234yf…
- Groupe 2 : HFC de classe A1 et CO2.
Selon l’EN 378, pour un climat jusqu’à 32 °C extérieur, la pression de calcul correspond à la saturation à 55 °C côté HP et à 27 °C côté BP. Toute modification (retrofit, récupération de chaleur, ajout d’un équipement) peut entraîner une nouvelle épreuve ou une requalification.
À retenir
- Le CO2 reste le seul A1 courant sous 150 de GWP : tout le reste demande une analyse de risque.
- F-Gas 3 durcit le phase-down jusqu’à 0 HFC en 2050 et étend les contrôles aux HFO.
- Après une réparation, le contrôle d’étanchéité se fait après 24 h de fonctionnement, pas le jour même.
- La charge maximale se calcule avant de choisir le fluide, pas après.
Pour aller plus loin : la série « projet réglementation » (F-Gas et EN 378, DESP, électricité, intégration).
